L'Emilie Romagne est cette région d'Italie, centrée sur Modène, réputée pour son jambon de Parme, son vinaigre balsamique, son Parmigiano Reggiano, son Lambrusco, etc. …
Mais, elle possède aussi une autre réputation plus proche de notre passion commune, celle de "Terra di motori" ou Terre de moteurs ! Ce terroir est le berceau de Ferrari, Lamborghini, Maserati, Pagani et autres Bugatti EB110 aujourd'hui disparues.
J'ai passé trois jours merveilleux sur cette terre bénie des dieux de la mécanique avec les Amis du Musée de Mulhouse (AIAM). Pour ceux qui n'ont pu se joindre à nous, voilà ce qu'ils ont raté :1er jour : quand un taureau défie un cheval cabré !
Nous nous rendons directement à Dosso, entre Modena et Ferrara, pour y être reçu au sein d'une des usines restées dans le giron de l'empire industriel créé par Ferruccio Lamborghini. Là, se trouve le Musée privé Lamborghini voulu par son fils Tonino.
Fabio, le neveu du fondateur nous accueille et nous fait visiter ce musée dédié aux créations de Ferruccio : tracteurs agricoles, domaines viticoles, élevage de taureaux, composants hydrauliques pour l'industrie, matériels de conditionnement d'air et de traitement de l'eau, panneaux solaires, voiturettes pour golf et évidemment voitures de sport. Nous fûmes étonnés par la diversité du groupe Lamborghini. Aujourd'hui, la division Tracteurs a été vendue à SAME et la division voitures de sport à AUDI.
Fabio Lamborghini nous raconte la vérité sur l'affrontement avec Enzo Ferrari. Ferruccio était mécontent de ses deux Ferrari 250, surtout des embrayages qui grillaient régulièrement. En bon mécanicien, il en démonte un et s'aperçoit qu'il est sous-dimensionné pour la puissance à transmettre. Il le remplace par un embrayage d'un moteur de tracteur et là, plus aucun problème. En ami, il fait part de sa modification à Enzo qui, vexé au plus haut point, lui rétorque "Lamborghini, tu sais sûrement conduire un tracteur, mais tu ne seras jamais capable de conduire une Ferrari !". Deux ans plus tard, il présente le prototype de sa 350 GT. La suite, on la connait.
Nous avons clos cette sympathique visite en offrant une collation à nos hôtes; kougelhof et crémant ont été appréciés par tous, alsaciens et italiens.
2ème jour : pour les tifosis et aficionados …
Direction Maranello pour une matinée consacrée à Ferrari. Un passage près du circuit de Fiorano pour nous mettre en condition puis nous contournons la magnifique usine, passons devant l'Ecole Professionnelle Alfredino Ferrari pour arriver devant le musée officiel, la Galleria Ferrari.
Malheureusement, la moitié de la Galleria est fermée pour travaux; nous suivons une visite guidée et commentée toute à la gloire sportive et commerciale de la Scuderia et de ses productions actuelles. Pour ma part, à l'issue de cette visite, je pars à pied vers la Via Abetone pour aller à la rencontre du restaurant Cavallino, propriété de la famille Ferrari où Enzo et certains pilotes prenait leur déjeuner chaque jour, pour y humer l'odeur de la bonne pasta. En face, se trouve l'entrée historique de la vénérable usine. Dans cette Via Abetone, surprise, une 250 GT SWB conduite par un mécano du Ferrari Classiche passe pour aller faire le plein à la station Agip !
L'après midi, nous partons pour Sant' Agata, lieu de naissance de toutes les Lamborghini. Au programme, visite des lignes d'assemblage des Gallardo et Murciélago et du musée officiel. Nous sommes divisés en deux groupes, l'un visite l'usine pendant que l'autre parcourt le musée.
Une usine comme je les aime; des cadences humaines mais efficaces, une hiérarchie quasi invisible, une rigueur toute germanique mais une ambiance de travail à l'italienne et pas de robots. Que de l'humain ! Nous assistons à un moment historique, le montage de la toute dernière Murciélago, un Spyder orange. Derrière elle, la ligne est démontée pour faire place à une nouvelle installation prévue pour le futur modèle, la Jota. Mais, chut, c'est encore Top Secret !
3ème jour : sous le signe du Quadrifoglio Verde
Nous quittons notre hôtel de Campogalliano qui était notre base depuis 3 jours pour Milan. Nous faisons étape à l'ex-usine Alfa Romeo d'Arese qui, mise en service au début des années 1960, était la plus importante du constructeur Alfa Romeo. Aujourd'hui, l'usine est complètement désaffectée, le groupe Fiat l'ayant fermée l'an dernier.
Reste à Arese, le fabuleux musée Alfa Romeo qui n'abrite pas moins de 110 voitures sur 6 niveaux et 4800 m2. Véritable caverne d'Ali Baba de l'Alfiste et, au-delà, de tout passionné de l'automobile, la visite de ce musée vaut à elle seule un voyage.
Là encore, nous bénéficions d'une passionnante visite guidée, modèle par modèle, et en français. Tous les modèles au Quadrifoglio sont au rendez-vous et les voitures de course y apparaissent nettement surreprésentées, eu égard au riche passé sportif de la firme. Toutes les machines de légende sont là, les RL de la Targa Florio et des Mille Miglia, les biplaces et monoplaces de Grand Prix dont les bimoteurs, les 6C et 8C de compétition et autres Tipo 33. Le musée offre également un espace consacré aux prototypes et concept-cars, tandis qu'une collection de moteurs d'avion témoigne de l'activité aéronautique du constructeur milanais.
Cette fois, le voyage prend vraiment fin et nous repartons vers l'Alsace en passant par le lac de Côme.
Nous n'avons pas parlé de Maserati ? Ce n'est pas un oubli, il fallait bien en laisser un peu pour une éventuelle future escapade en Italie!




